Angélique Ionatos
L'amour et la mort, épicentres, origines, finalité et fatalité de l'art- "Parle-t-on d'autre chose ?", questionne la chanteuse grecque Angelique Ionatos, qui confie au halo tendre de ses accords, ces deux vecteurs de l'humain. "Eros" et "Muerte", soit deux poètes orchestrés : le Chilien Pablo Neruda et "le Victor Hugo grec" Kostis Palamas. Deux langues, donc, la maternelle, et celle, espagnole, de la liberté, ramenée dans les bagages de son marin de père. Amour et mort, espagnol et grec : "J'ai longtemps hésité avant de les mêler".
Il y a trois ans, la compositrice commence à travailler sur La Centaine Amoureuse de Neruda, lors du spectacle Alas pa'volar. Puis, projet parallèle, à mettre des notes sur les rimes de Palamas. "Au fur et à mesure, le fil rouge apparut avec une évidente beauté. Le titre s'imposait. Quel merveilleux cadeau, lorsque l'inconscient fait bien les choses !". La correspondance s'établit : le chant d'amour de Neruda apaise le deuil du poète grec. Et quand la mort se devine derrière la passion du Chilien, "la vie reprend ses droits sous le lamento de Palamas pour son enfant mort." Un amour et une mort, deux événements qui nous rendent "intelligents", parce qu' "ignorants", deux mystères indissociables d'une vie humaine : Eros y muerte se résout dans un épilogue lumineux et triomphant, L'Empreinte d'Anne de Noailles.
Si "la mort est sœur de l'amour", pour Angelique Ionatos, la gémellité relie Grec et Espagnol. Par delà les mots et la transcription française du livet, "fidèle au son autant qu'au sens", une autre traduction s'élève : le métalangage musical, né, à la guitare, d'une composition à livre ouvert. Espagnol et grec subliment leur différence dans l'univers si reconnaissable d'Angélique Ionatos : une musique douée d'une profonde intelligence, qui conte la douceur et la douleur, la tendresse et l'espoir, le destin. Une tâche ardue: "90% de transpiration et 10% d'inspiration", et parfois plusieurs années de labeur.
"Lorsque je n'ai rien à dire, je me tais." Cinq ans qu'Angélique Ionatos n'avait pas composé d'album. "Dépourvue de l'urgence de mes dix-huit ans, je n'existe plus en faisant." De ses trente-cinq ans de carrière et dix-huit disques, l'artiste contemple cette évolution : "Prendre le temps d'aimer, de vivre", tout en se réservant "le droit de dire le contraire à la prochaine entrevue". Femme de paradoxes, peut-être. Et grande artiste, sans aucun doute, qui illumine la poésie par la musique, transcende sa musique par les mots.
Anne-Laure Lemancel
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